Edito – L’IA va-t-elle nous rendre idiot ? | Monde Numérique – Podcast

images
  • mars 21, 2025
  • 5 min read
Edito – L’IA va-t-elle nous rendre idiot ? | Monde Numérique – Podcast


[0:01] Je pense qu’on a un problème. Je suis comme vous, j’adore les écrans,

[0:04] la tech, l’intelligence artificielle. Mais on a un problème, c’est que cela nous rend peut-être un peu plus intelligents, mais aussi plus bêtes. Alors ce problème n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, les études se succèdent pour montrer qu’il y a une régression des capacités cognitives des humains sous l’effet de la surconsommation d’écrans. C’est ce qu’expliquait déjà Michel Desmurget dans la fabrique du Crétin Digital il y a quelques années, ou Bruno Patino dans son livre « La civilisation du poisson rouge » dans lequel il expliquait que notre capacité de concentration diminuait du fait des sollicitations permanentes des réseaux sociaux, sollicitations en plus actionnées délibérément par des spécialistes du cerveau. Des récentes études montrent que nos capacités de raisonnement et d’analyse sont en chute libre. Les fameux tests PISA, par exemple, qui évaluent les compétences des plus jeunes, affichent une baisse constante depuis 2012.

[0:58] Aux Etats-Unis, moins de la moitié des adultes lisent un livre par an. Et notre capacité à décrypter l’information paraît de plus en plus fragile. Notre cerveau est saturé de stimuli courts, fragmentés, et il perd peu à peu sa capacité à se concentrer et à réfléchir en profondeur. On scrolle en permanence sur nos écrans jusqu’au tard le soir pour recevoir des petits shots de dopamine qui font du bien sur le coup parce qu’ils nous anesthésient, mais qui, à long terme, nous rendent totalement idiots. Vous allez me dire que j’enfonce des portes ouvertes, certainement, mais j’ai l’impression quand même qu’avec l’intelligence artificielle, ce phénomène va en plus s’accélérer. Car avec l’essor de l’IA, nous allons déléguer de plus en plus nos tâches cognitives à des algorithmes. On n’avait déjà plus besoin de faire du calcul mental depuis l’avènement de la calculatrice. Et bien maintenant, on n’aura plus besoin de mémoriser des informations, de rédiger, de résumer ou d’analyser des textes, car ChatGPT peut faire tout ça pour nous. Et notre cerveau est le plus grand partisan du moindre effort. Michel Lévy-Provençal, que j’ai déjà interviewé plusieurs fois dans ce podcast, parle d’un possible décrochage cognitif à l’ère de l’intelligence artificielle, avec des indicateurs plutôt inquiétants. Le temps d’attention moyen serait passé de 2 minutes et demie en 2000 à seulement 47 secondes en 2024.

[2:20] Le syndrome de l’amnésie numérique, ou ce qu’on appelle aussi l’effet Google, c’est-à-dire le fait de retenir de moins en moins de choses, sachant qu’on peut les retrouver facilement en ligne. Tout ça, ça n’arrange pas non plus notre bon vieux cerveau. La lecture profonde régresse également, en particulier chez les adolescents qui ont de plus en plus de mal à comprendre des textes longs et complexes. Ce déclin intellectuel a des conséquences concrètes.

[2:46] Moins d’attention égale plus de vulnérabilité face à la désinformation, moins de raisonnement égale des décisions plus absurdes, peut-être même jusque dans les hautes sphères de l’État. En fait, si on ne fait rien, ce n’est pas la machine qui va devenir plus intelligente que nous. Mais c’est nous qui allons devenir plus bêtes que la machine.

[3:05] Alors que faire ? Un récent article de l’excellent Corben sur corben.info faisait le point sur cette question récemment. Il donne quelques trucs pour essayer de se reprendre en main. Écoutez bien. D’abord, de la détox numérique. Réduire son temps d’écran. Mettre des plages horaires sans smartphone. Supprimer les apps les plus addictives. Essayer de s’en passer. Toutes les fois où on est tenté d’attraper son smartphone, y compris pendant le repas, le soir devant la télé, etc.

[3:34] Deuxièmement, réentraîner son cerveau. Faire du calcul mental, des casse-têtes, des discussions argumentées avec d’autres humains, des jeux stratégiques, des grilles de Sudoku, pourquoi pas, bref, des activités qui sollicitent vraiment la matière grise. Et troisièmement, lire. Lire, mais non pas des tweets ni des posts Instagram, mais des vrais livres sur papier, sans distraction.

[3:57] Alors, quand on parle de bêtises, on a toujours tendance à considérer celle des autres et pas forcément la sienne. Là, je vous l’avoue humblement, je me mets totalement dans ce sac. Car je suis le premier fautif et je ne fais rien de tout ce que je viens de vous conseiller de faire. Et quelque part, ça me fait même mal au ventre de tenir ce discours. Car j’adore tous ces outils numériques et je suis le premier à en user et en abuser. La preuve, cette chronique a été écrite en grande partie avec de l’intelligence artificielle. Alors bon, c’est vrai, j’ai fait quand même quelques efforts pour réécrire et puis pour faire les promptes de départ pour arriver au résultat auquel je voulais arriver. Parce que pour l’instant, j’en suis encore capable, Pour l’instant. Alors j’avoue que j’ai longtemps pensé que le numérique nous rendait seulement plus intelligents. Parce qu’on devient aussi multitâche, on fait plein de trucs en même temps, on absorbe plein d’informations. Mais en fin de compte, j’ai l’impression qu’il y a aussi un mauvais côté qui est en train de se développer et vers lequel il est tellement facile de se laisser aller.

[4:58] En tout cas, si vous avez écouté cette chronique jusqu’au bout, sans rien faire d’autre, Eh bien, bravo, parce que ça prouve que vous faites peut-être partie de la résistance cognitive. Mais jusqu’à quand ?



Source link

© 2025 ESRIM  - Tous droits réservés. Reproduction et diffusion interdites sans autorisation. Conçu par SiteVite